Francis Hallé, l’homme qui parlait aux arbres




Grand explorateur du vivant, ardent défenseur de la canopée, Francis Hallé s’en est allé ce 31 décembre à l’âge de 87 ans. Botaniste réputé, dendrologue passionné, il a consacré toute sa vie aux plantes, surtout les arbres, ces êtres vivants qui jouent un rôle majeur dans l’environnement d’aujourd’hui. Spécialiste de l’écologie des forêts tropicales, humides ou équatoriales, il est subjugué par l’architecture des arbres qu’il observe d’en haut, du ciel, grâce au fameux Radeau des cimes, une expédition scientifique spectaculaire menée de 1986 à 2012 dans les forêts d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie. Véritable laboratoire rassemblant environ 300 experts dont le botaniste Patrick Blanc, cette plateforme déposée au-dessus de la canopée, permettait d’observer des formes différentes de vie végétale et animale parfois inconnues. C’est sans doute, une des plus grandes missions naturalistes de notre temps, qui prouve que les forêts tropicales abritent au moins 75% de la biodiversité mondiale.


Francis Hallé, c’est aussi un rêve immense. Convaincu que la forêt est LA solution aux problèmes écologiques actuels, notamment climatiques, il part en croisade dans l’idée de recréer une forêt primaire. Quelques-unes subsistent encore en Amazonie, dans le bassin du Congo ou en Indonésie ou au Canada ou en Russie ; mais en Europe, elles ont quasiment toutes disparu sauf celle de Bialowieza, située en partie en Pologne et en Biélorussie. Inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO et reconnue comme réserve de biosphère, historiquement restée à l’écart de toute influence humaine, elle est un des derniers vestiges de l’immense forêt formée lors de la dernière glaciation, il y a plus de dix mille ans, sur les plaines du nord et du centre de l’Europe. Un vestige malheureusement menacé par des activités humaines et des politiques de déforestation.
Pour Francis Hallé et son association, la renaissance de forêts primaires en Europe de l’Ouest est un enjeu majeur pour la conservation de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique, la protection de la vie humaine par des écosystèmes vastes et variés et l’assurance de l’abondance et la qualité de l’eau. Ce projet de grande ampleur a du sens. Innovant, il doit créer des liens entre société humaine et forêt en livre évolution ; unique, il doit maintenir les pratiques sociales et économiques au cœur de la réflexion. Un véritable programme qui doit être mené à l’échelle d’une grande région européenne, – quelques 70000 ha -, pendant plusieurs siècles. Où trouver ce territoire ? Les Ardennes franco-belges et les Vosges françaises et allemandes sont à l’étude mais l’opposition à un tel projet reste vive. Il semble difficile de concilier les intérêts et d’entrevoir des compromis. Ce rêve serait-il donc fou ? Une chose est certaine, pour y parvenir, il faudra du temps. Cela se comptera en centaines d’années comme au temps des cathédrales.

Pour prolonger cette réflexion, quelques ouvrages majeurs :
- Radeau des Cimes, Trente années d’exploration des canopées forestières équatoriales avec Dany Cleyet-Marrel, Gilles Ebersolt et Olivier Pascal, Actes Sud 2021, ISBN 978-2-330-15515-5
- Eloge de la plante : pour une nouvelle biologie, Le Seuil 1999, ISBN 978-2-02-068498-9
- Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud 2005, ISBN 978-2-7427-5712-1
- Atlas de botanique poétique, Arthaud 2016, ISBN 978-2-0813-7300-6
- La beauté du vivant, Actes Sud 2024, ISBN 978-2-330-19673-8
- Le Génie de la forêt, avec Vincent Zabus et Nicoby, Albin Michel bandes dessinées, 2025, ISBN 978-2-226-49490-0
Sans oublier un site internet totalement dédié au projet de la forêt primaire :
www.foretprimaire-francishalle.org
Forêt primaire, un antidote ?

Une forêt primaire est un lieu qui n’a jamais été exploité par l’homme et qui est interdit à toute activité humaine autre que scientifique, sur une période de plusieurs siècles. Naturellement générée, – elle n’est pas plantée par l’homme -, elle est composée d’espèces indigènes. C’est un lieu hors du temps, en libre évolution, qui suit un processus naturel, en dehors de toute logique de rendement, de maîtrise ou de contrôle. Ce que la vie fait de mieux sur la planète. Comme le dit si bien Francis Hallé, une forêt qui n’a pas besoin de nous, qui se porte mieux quand on ne s’en occupe pas.
Ecologiquement parlant, « c’est une forêt qui est à son maximum à tous les niveaux. On ne peut pas imaginer mieux. C’est le maximum de captation et stockage de CO2 atmosphérique, de fertilité des sols, d’alimentation des nappes phréatiques, de résilience et de biodiversité. »
Une forêt dégradée peut retrouver son caractère primaire à condition de laisser ses dynamiques naturelles se reconstituer, le temps que quelques générations d’arbres se succèdent, se remplacent et s’équilibrent.
L’agenda Au fil des saisons

Avec l’an neuf, une bonne nouvelle : sur le site internet de la Fédération Wallonne Horticole, www.fwhnet.be, l’accès à l’agenda ‘Au Fil des Saisons’ est libre et gratuit à partir de ce 1er janvier 2026. Qu’on se le dise ! Avec lui, un calendrier des évènements et activités didactiques mais aussi une foule de lieux à visiter, une sélection de livres et de publications ainsi que des actualités du petit monde du jardin, en Belgique et dans les pays voisins. Bref, un portail incontournable et futé pour tous les passionnés de jardin, que j’aime relayer dans mes Newsletters.
J’ai noté pour ce début d’année, deux évènements :
- Ce 31 janvier : taille fruitière des vieux arbres à pépins et des Actinidia ou kiwis, néfliers, plaqueminiers ou figuiers à l’Asbl Chana (Charleroi Nature) à Roux près de Charleroi, www.chana.be
- Du 3 janvier au 28 février : découverte des Hamamelis à l’Arboretum Kalmthout www.arboretumkalmthout.be

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’agenda : www.fwhnet.be/au-fil-des-saisons
