Cercis, l’arbre de Judée, le gainier du Canada ou de Chine

Derrière ce nom générique se cachent des arbres méconnus, appréciant chaleur et soleil, dont les feuilles en forme de cœur et les floraisons précoces restent inoubliables
Cercis siliquastrum

Vers fin avril, début mai, commence le spectacle raffiné de la floraison des Cercis. En même temps que celle plus notoire des magnolias et des cerisiers à fleurs. Le tableau est cette fois bien différent. Ni fleurs dressées, ni pompons retombants roses ou blancs. Ici, des petites fleurs originales, à même le tronc, tels des petits papillons roses ou blancs. Tout est affaire de subtilité.                                         

Les Cercis, arbres ou arbustes à feuilles caduques, appartiennent à cette immense famille des légumineuses appelées aussi Fabacées rassemblant sur presque l’ensemble de la planète des douzaines de milliers de végétaux. De toutes sortes, arbres, arbustes, herbes et vivaces. Un douzième de toutes les plantes à fleurs connues et le nombre le plus important d’espèces utiles à l’homme, qu’elles soient alimentaires, industrielles ou médicinales. Parmi les arbres, outre les Cercis, le robinier faux-acacia, le févier ou Gleditsia, le Sophora du Japon, le Gymnocladus, le mimosa d’hiver ou le genêt de l’Etna pour ne citer que ceux-là. Globalement, on les reconnait à leurs feuilles généralement composées, – sauf chez le Cercis -, leurs fruits en forme de gousses persistantes jusqu’en hiver, leur étonnante résistance à la sécheresse et leur bonne volonté à s’adapter aux sols pauvres. Le principal inconvénient de la troupe étant leur frilosité et parfois, un certain manque de rusticité.

On compte 7 espèces de Cercis répandues de l’Europe méridionale à l’Asie orientale et à l’Amérique. Ils prospèrent en plein soleil, dans un emplacement chaud et protégé, par exemple le long d’un mur exposé au sud. Lors des premières années, il est souvent utile de protéger le pied de la plante. Préférant les sols alcalins, riches, pas trop secs et bien drainés,  ils tolèrent les sols acides. Plantés en solitaire dans un jardin, ils font merveille. Leur joli feuillage cordiforme prend des coloris jaunes splendides à l’automne.

Cauliflores

La floraison des Cercis est vraiment particulière. Avant même l’apparition des feuilles, leurs fleurs mellifères et précoces apparaissent sur les branches et le tronc. A la fois sur le bois jeune et sur le vieux. Une exception à la règle qui veut  que la plupart des essences ligneuses fleurissent sur les jeunes pousses ou sur le bois âgé d’un ou deux ans seulement. Scientifiquement, on appelle ces plantes des espèces cauliflores. De caulos, tige et de flos, fleur. Petite fleur assurément mais tellement éclatante qu’elle attire tous les regards.  Les fruits qui suivent sont des gousses plates, violettes s’ouvrant à maturité et apparaissant sur toute la ramure de l’arbre. Décoratifs, ils sont très appréciés des oiseaux.

Cercis siliquastrum

Sans doute le plus connu, Cercis siliquastrum est l’arbre de Judée originaire du Proche-Orient. La légende dit que c’est à cet arbre que Judas se pendit après sa trahison. Introduit en Europe occidentale au XVIe siècle, naturalisé en France au bord de la Méditerranée où il pousse sur les coteaux calcaires, il apparait en réalité dans toutes les régions tempérées du monde. Ses fleurs à la saveur piquante et sucrée étaient intéressantes à une époque où le sucre était rare. Elles servaient à assaisonner les salades et étaient confites dans du vinaigre.  

On le rencontre souvent dans nos jardins même si jeune, il est plus gélif que son cousin, C. canadensis. Culminant à moins de 10m, au port étalé irrégulier, il est impressionnant lors sa floraison  printanière en petites grappes rose pourpre vif, presque magenta. Suivent des feuilles, entières, vert bleuté jusqu’à 10 cm de large. Elles sont arrondies contrairement à celles de C.canadensis qui présentent un bout pointu comme un cœur.

A noter une très belle variété blanche ’Alba’ ou ‘Albida’ et une autre à fleurs rose foncé créée vers la fin du XIXe et nommée ‘Bodnant’ en hommage au célèbre jardin du pays de Galles.

C. siliquastrum

Cercis canadensis

Le gainier du canada n’est pas originaire du Canada comme son nom pourrait le laisser supposer mais bien des Etats-Unis, du New Jersey à la Floride et du nord-est du Mexique.

C’est le moins gélif du genre. Ceci dit, évitez de l’installer à l’est. Les fleurs et feuilles pourraient être abîmées. A part cela, il accepte tout type de sol et résiste très bien à la sécheresse.

Ses feuilles rondes cordiformes de 10 cm de large et de long, vert vif et lisses sont aussi fines que du papier. Au printemps, les jeunes pousses débourrent bronze à brun foncé. Comme chez les autres Cercis, ses fleurs apparaissent sur le bois. Rose violacé en boutons devenant pourpre clair puis rose pâle.

Un splendide cultivar né dans les années 80 s’est taillé une réputation d’enfer : Cercis canadensis ‘Forest Pansy’, un petit arbre au port étalé de 4 à 5 m de haut dont le magnifique feuillage brillant pourpre rougeâtre veiné de vert jusqu’au milieu de l’été puis nuancé de vert et de jaune à l’automne est vraiment spectaculaire. Même en plein soleil. Un autre, ‘Melon Beauty’ plus récent, prend du galon grâce à son étonnant feuillage doré. Très lumineux, il éclaire les coins à mi-ombre.

Cercis chinensis

Plus rare, il provient d’Asie. Chez nous, il se présente sous forme d’arbuste bien ramifié. Ses feuilles cordiformes et ses fleurs violet rouge éclosent comme il se doit en mai avant les feuilles. Il doit également être protégé des rigueurs de l’hiver et des vents frais. Son côté un peu fouillis peut être facilement maîtrisé par une taille légère.

C. chinensis ‘Avondale’, du nom d’un quartier d’Auckland en Nouvelle-Zélande, est une variété bien connue des amateurs.  

C. ch. ‘Avondale’

Gainier ??

Le nom de gainier provient du grec « kerkis » qui veut dire peuplier. Il est vrai qu’à bien y regarder, ses feuilles rondes et fines lui ressemblent un peu. D’autres prétendent que cette appellation provient de son fruit, une gousse ayant la forme d’une gaine de couteau.

Où les trouver ?

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