Coups de cœur du moment

Quelques plantes m’ont particulièrement séduite lors des fêtes de plantes ou visites de jardins. Pas nécessairement nouvelles ou rares mais belles, curieuses ou intéressantes.
A Thuin, dans les jardins en terrasse

Un petit faible pour les lilas

J’ai toujours eu un petit faible pour les lilas. Sans doute une petite madeleine de mon enfance. Le lilas commun d’Europe, Syringa vulgaris, obligatoire dans chaque vieux jardin qui se respecte mais surtout, les petits lilas au port buissonnant beaucoup moins fréquents. Ils ont un feuillage plus attrayant. Voir sur mon site, l’article : Ah ce parfum de lilas ! https://nouvellesdejardins.be/plantes/arbres/ah-ce-parfum-de-lilas/

S. microphylla ‘Superba’

Sans doute connaissez-vous Syringa microphylla ‘Superba’, S. meyeri ‘Palibin’, S. patula ‘Miss Kim’ ? Et peut-être, plus difficile à trouver, Syringa potanii à la floraison rose ou blanche, S. komarowii à la floraison rose soutenu ou S.yunnanensis ‘Rosea’ aux fleurs rose pâle, d’origine chinoise. Après avoir introduit le Syringa reticulata subsp. pekinensis ‘China Snow’ à la magnifique écorce ( voir : https://nouvellesdejardins.be/news/news-de-juin-2024/ ), je viens de « tomber » sur Syringa tomentella subsp. sweginzowii (synonyme tigerstedtii) … Dans le genre compliqué à retenir, on peut difficilement faire mieux !

 Plutôt rare, on le repère sur les sites internet d’Outre-Manche où il est régulièrement adulé par les spécialistes. Originaire de Chine, il est collecté au Sichuan en 1904 pour les célèbres Pépinières anglaises Veitch par le non moins célèbre chasseur de plantes Ernest Wilson . On l’appelle le lilas de Chengtu. Pas très haut, environ 2 m, il ne prend pas trop de place au jardin. Le port est élégant, soigné et léger, sans doute grâce aux petites feuilles. En juin, des grappes parfumées de fleurs lilas-rose embaument le jardin. Bien rustique, facile de culture, il accepte n’importe quel sol, au soleil ou mi- ombre.

S. t. subsp. swenginzowii

Cela dit, un autre lilas, commun celui-là, m’a aussi tapé dans l’œil. Syringa vulgaris ‘Princesse Sturdza’, un européen, obtention de 1996 des Pépinières françaises Minier. Nommé en hommage à cette grande dame des jardins qui a créé un des plus beaux jardins de France, Le Vasterival en Normandie, ses boutons rose foncé laissent apparaître en avril-mai de grosses fleurs parfumées, simples, rose vif passant progressivement au rose lavande. Cet arbuste vigoureux et rustique, à port buissonnant de 3m de haut se plait au soleil, en tout type de sol. Associé dans les bouquets avec une ancienne variété, S. v. ‘Beauty of Moscow’ (que l’on repère aussi sous le nom ‘Belle de Moscou’), aux grappes de fleurs doubles blanc rosé, le camaïeu est parfait.

‘Princesse Sturdza’

Heuchera villosa et ses cousins de la famille des Saxifragacées

Au rayon des vivaces, les coups de cœur ne manquent pas. Je ne suis pas vraiment « heuchère un jour, heuchère toujours ». Leurs feuillages flashy sont sur tous les étals des jardineries. Chaque année, son lot de nouveautés. Des centaines et des milliers de ‘Caramel’, ‘Marmelade’, ‘pinot Gris’ ou ‘venus’ inondent le marché. Voyez sur mon site, l’article : Les heuchères ? Un sacré cocktail au jardin : https://nouvellesdejardins.be/plantes/plantes-vivaces/les-heucheres-un-sacre-cocktail-au-jardin/ . Si les aficionados les attendent avec impatience, le commun des mortels en a parfois une véritable… indigestion.

Cela dit, une espèce plus sauvage, Heuchera villosa, aux feuilles moins bariolées, m’a toujours attirée pour sa vigueur et sa robustesse. De la famille des Saxifragacées, cette vivace originaire d’Amérique du Nord, bien rustique, forme une belle touffe de 50 cm de haut et de large ; ses grandes feuilles duveteuses sont surmontées de longues tiges bien solides et d’un nuage de petites fleurs blanches à la fin de l’été et au début de l’automne. Idéales pour les coins d’ombre ou mi ombre, – le soleil brûlant ne leur convenant pas -, l’Heuchera villosa aime les sols riches et frais mais supporte les sols plus secs. Son feuillage persistant reste beau toute l’année. Il ne faut pas hésiter à couper les hampes florales après la floraison et à ajouter de la terre en surface lorsque les racines font mine de se soulever ou se « déchausser » en vieillissant. Tous les 3 ou 4 ans, il est utile aussi de diviser les rhizomes.

Quelques variétés on fait leurs preuves. Notamment H. villosa ‘Palace Purple’ au feuillage rouge pourpré, une anglaise issue des Royal Botanic Gardens de Kew, H. v. ‘Chantilly’au feuillage vert clair très vif ou encore H. villosa var. macrorhiza, au feuillage vert-jaune tendre. Ce printemps, c’est la variété ‘Mega Green’, au feuillage lumineux, une nouvelle obtention de Sandrine et Thierry Delabroye, qui m’a réjouie tout comme H.v. ‘Felt Room’, vert pâle, une sélection belge de Jan Spruyt.

H. v. ‘Mega green’

Heuchera villosa est on peut l’affirmer, un excellent couvre-sol ! A planter avec des plantes vivaces cousines appartenant à la même famille comme les bien rustiques bergénias, Tiarella, x Heucherella, Peltoboykinia ou Mukdenia … Inutile de tirer le portrait des bergénias aux grandes feuilles épaisses et coriaces si populaires dans les vieux jardins. Quant aux autres, elles sont plus confidentielles.

  • Tiarella cordifolia est un super petit couvre-sol qui forme des tapis pour les coins ombragés. Son feuillage décoratif est semi-persistant. Vert clair il se colore de rouge, rosé en fin d’été. Les petites fleurs étoilées blanc crème parfois rosée, en épis, sont bien présentes au-dessus du feuillage de printemps. Il existe de nombreux hybrides à découvrir. On le confond souvent avec les autres membres de la famille des Saxifragacées aux « 3T », Tiarella et Tolmeia qui lui ressemble.
Tiarella wherryi
  • X Heucherella est un croisement inter générique c’est-à-dire un croisement de deux genres différents, l’Heuchera et la Tiarella, ce qui est exceptionnel dans la nature où les hybridations se réalisent entre variétés ou espèces. Son port ressemble à celui de la première et sa floraison à celle de la deuxième.
  • Mukdenia rossii connu parfois sous Aceriphyllum, d’une hauteur de 30cm, apprécie les sols frais et humides, à l’ombre. Ses petites fleurs en étoiles blanches apparaissent en mars-avril. Les feuilles découpées de la magnifique variété ‘Karasuba’ débourrent bronze au printemps et virent au feu à l’automne.
  • Peltoboykinia tellimoides est une curieuse assez peu répandue et très peu connue dans le petit monde du jardin. Ceux qui la connaissent, l’apprécient pour ses grandes feuilles profondément incisées d’environ 30 cm de large qui me font un peu penser à celles d’un érable. La floraison de fin de printemps n’est pas très spectaculaire : de minuscules petites fleurs blanc verdâtre légères et aériennes au sommet d’une touffe compacte et arrondie d’environ 60 cm de haut. Ici c’est vraiment le feuillage qui compte et qui pourrait rivaliser avec celui du Damera peltata ou d’Astilboides tabularis.

Tout ceci me fait encore penser à ce petit saxifrage Saxifraga stolonifera ‘Kinki purple’ que j’ai découvert à la fête des plantes et des jardins d’Aywiers. Il est vrai que le saxifrage stolonifère est un grand classique. Sans hésiter un des meilleurs couvre-sol rustique qui se débrouille rapidement grâce à ses longs stolons et prospère à l’ombre fraiche.  Deux qualités non négligeables : un tapis vite dense qui empêche les adventices de pousser et une excellente résisance à la sécheresse. Son feuillage persistant, arrondi et duveteux est veiné de lignes blanches ou rosées, plus ou moins larges. Le revers est curieusement rouge-violet. En été, des petites fleurs blanches viennent l’éclairer. La variété ‘Kinki purple’ originaire comme son nom l’indique de la péninsule de Kinki sur l’île de Honshu au Japon, présente des feuilles très rouges et des tiges carrément lie de vin.

Saxifraga stolonifera
S. s. ‘Kinki Purple’

La suite au prochain épisode …

Partager