Histoires de plantes, découverte et redécouverte

On pense souvent avoir fait le tour de la question. On croit tout connaitre. Et pourtant … A chaque virée dans les fêtes des plantes, dans les pépinières, l’addiction dévorante voire l’intoxication souriante aux végétaux nouveaux, rares ou simplement inhabituels est bien ancrée au plus profond de notre jardin secret
On pense souvent avoir fait le tour de la question. On croit tout connaitre. Et pourtant … A chaque virée dans les fêtes des plantes, dans les pépinières, l’addiction dévorante voire l’intoxication souriante aux végétaux nouveaux, rares ou simplement inhabituels est bien ancrée au plus profond de notre jardin secret
Patrinia

Article paru dans Eden Magazine n°77 Printemps-été 2024

C’est le grand sport du jardinier passionné. Au printemps ou à l’automne, il lui vient l’envie de fureter à la recherche de quelques trésors inconnus. Dans les parterres surpeuplés de son éden, il y a toujours de la place.

Discrète comme la Patrinia

La Patrinia est une plante vivace plutôt rare dans les jardins. Sa légèreté et son charme sauvage l’imposent pourtant dans toutes les compositions d’inspiration naturaliste. Nous l’avions déjà aperçue il y a longtemps, dans les prestigieux jardins de Beth Chatto en Essex, de Christopher Lloyd à Great Dixter dans le Sussex et dans ceux de Hermannshof à Weinheim en Allemagne. Botaniquement parlant, il y a de quoi s’emmêler les pinceaux. Les uns la classent dans la famille des Apiacées (anciennement Ombellifères), les autres dans celle des Valérianacées ou encore des Caprifoliacées. Pour les amateurs que nous sommes, cela n’a pas beaucoup d’importance.

Originaire des montagnes du Japon, de Chine et de Sibérie – d’où son excellente résistance -, ses tiges érigées et ramifiées forment un petit buisson aérien d’environ 1.50 m de haut. Ses feuilles découpées apparaissent en grandes rosettes à la base des tiges ; les fleurs estivales en larges corymbes jaune vif ou jaune tendre sont extrêmement mellifères ; elles restent longtemps décoratives au jardin, même à l’automne lorsque les feuilles et les ombelles rougissent et surtout, lorsque les graines apparaissent. Elles tiennent parfaitement dans les bouquets et peuvent aussi être séchées. Certes, la Patrinia n’est pas vraiment spectaculaire mais dans un sol riche, frais et drainant, pas trop sec en été, au soleil ou à mi-ombre, elle s’associe avec tous les végétaux, verveines de Buenos Aires, molènes, sanguisorbes ainsi que toutes les graminées. Généreuse, en fin de saison, elle offre à ses pieds une multitude de semis spontanés. Son seul ennemi ? La sécheresse prolongée qui oblige de l’arroser.

Quelques-unes sont cultivées chez nous :

  • Patrinia scabiosifolia, buisson d’environ 1m20 de haut, est la plus plantée. Ses feuilles ressembleraient, comme le dit son nom, à celles de la scabieuse. Certains évoquent un petit air de fenouil. Ses fleurs jaune acide, voire jaune soufre, apparaissent de juillet à septembre.
  • Patrinia aff. punctiflora introduite en Europe par le jardin botanique de Göteborg est un peu plus basse. Sa floraison acidulée vire du jaune tendre, pâle, vers le vert chartreux.
  • Patrinia monandra est presque jumelle de la précédente. Peut-être est-elle synonyme ? Son identification n’est décidément pas simple…
  • Patrinia villosa se distingue, elle, par une floraison blanche.

Notamment chez :

B. platanifolia

Boehmeria, une ortie élégante ?

La ramie, appelée scientifiquement Boehmeria, originaire d’Asie, plus particulièrement de Chine, Corée et Japon, est une cousine de l’ortie et appartient comme elle, à la famille des Urticacées. La grande différence est qu’elle n’est pas urticante. On la cultivait jadis pour ses longues fibres avec lesquelles on obtenait des textiles résistants ; aujourd’hui, on l’apprécie tout simplement pour son élégance. Elle est incontournable et précieuse dans les sols frais, à l’ombre, en fond de massif ou dans les sous-bois humides. Elle se distingue pour son exubérance, sa croissance rapide et son feuillage décoratif, aux côtés des fougères, digitales, sceaux de Salomon, Cimicifuga, Filipendula ou Rodgersia.

Il existe beaucoup d’espèces, la plupart bien résistantes au froid, jusqu’à – 15°C, dont la hauteur varie de 60 cm à plus d’1,5 m. Celle qui nous intéresse aujourd’hui est Boehmeria platanifolia. Comme le dit son nom, son feuillage fait penser à celui du platane ; ses larges feuilles dentées, veloutées, vert tendre à reflets argentés sont rehaussées de fins épis blanchâtres retombants. Au printemps, les jeunes pousses sont délicatement cuivrées. La silhouette est buissonnante, environ 70 cm de haut, les tiges souples, longues et courbées. Boehmeria japonica est plus élevé, environ 1,50m de haut.

Notamment chez :

©Sierplant

Le laurier sauce, une tradition flamande ?

De la famille des Lauracées, le laurier noble, Laurus nobilis, appelé aussi laurier sauce ou laurier vrai, est un arbuste bien connu d’origine méditerranéenne. Son feuillage persistant, coriace et vert foncé, est réputé pour son odeur aromatique quand on froisse les feuilles. Les cuisiniers en sont friands et les jardiniers l’utilisent pour créer des décors permanents et s’essayer à l’art topiaire, – pyramide, sphère ou colonne -, tant il se taille facilement.

A première vue, rien de nouveau sous le soleil. Cependant, avez-vous déjà entendu parler du « vlaamse laurier » ? Sa culture chez nous, au nord du pays, est une tradition depuis le XIXe siècle, mais déjà, au XVIe, les livres d’herboristerie ‘Cruydeboeck’ du botaniste Rembert Dodoens et ‘Kruydt-Boeck’ de Mathias De Lobel en font son éloge et évoquent sa robustesse et sa bonne tolérance au froid. Avec les premières entreprises familiales de culture de lauriers, un savoir-faire est transmis de génération en génération. Très vite, leur popularité dépasse nos frontières ; ils sont adoptés dans les pays du nord qui saluent sa résistance aux basses températures.  Aujourd’hui, ce produit régional bénéficie d’une reconnaissance européenne.

Parmi le comité de rédaction d’Eden Magazine, plusieurs ont découvert ce « vlaamse laurier » il y a quelques années, dans la collection de la pépinière Sierplant de Geert et Ingrid Devriese-Luyssen qui le cultivent avec passion et maîtrise depuis 1985. Aujourd’hui, culminant à 5 m de haut et rivalisant avec les autres lauriers du Portugal, il structure le jardin, tout en servant à la cuisine et en soignant les petits maux.

Pépinière Sierplant : www.sierplant.be

Tradescantia ‘JS Brainstorm’, un nouveau venu à la longue floraison

Le Tradescantia est une plante vivace dont les fleurs ont une durée de vie très courte, seulement quelques heures. Raison pour laquelle, on l’appelle aussi éphémère de Virginie. Cela dit, les fleurs ont l’avantage de se renouveler pendant toute la saison. Appartenant à la famille des Commélinacées, rustique, le Tradescantia est originaire des régions du sud du Canada jusqu’au nord de l’Argentine, où il pousse en lisière de forêt, dans les prairies, au soleil ou à mi-ombre. Appréciant les sols frais ou humides, il tolère les périodes de sécheresse. En compagnie des Persicaria, astilbes, filipendules ou géraniums vivaces, il fait de l’effet.

Tradescantia ‘JS Brainstorm’ PBR, (Plant Breeder’s Rights, protégé par les droits d’auteur européens), est une nouvelle obtention de Jan Spruyt, « JS », proposée à la vente depuis un peu plus d’un an. Pour lui, cette sélection est une véritable amélioration ; la floraison est pratiquement continuelle, durant presque 6 mois, de mai à octobre. Et ce n’est pas tout. Son nombre de fleurs et de boutons est exceptionnel, s’il croît dans un sol frais et si les fleurs fanées sont régulièrement enlevées. D’une hauteur de 40 cm, cet hybride appartient au groupe Andersoniana. Les boutons floraux, violet foncé, sont présents en masse ; les fleurs rehaussées d’étamines jaunes sont plus grandes et plus abondantes et apparaissent en grappes lâches dans les tons magenta, pourpre. Les élégantes feuilles longues et étroites, vert foncé avec quelques nuances de violet, ressemblent à des graminées.

Spruyt : www.vasteplant.be

Viburnum ‘Fairy Stars’, une alternative au buis

Voici une variété nouvelle qui n’a pas fini de faire parler d’elle. Taillée en boule, elle pourrait ravir la place du buis affaibli depuis quelques années, par les maladies et la pyrale. Ses petites feuilles persistantes, rondes, vert frais tirant ensuite vers le gris, font penser à celles du troène ; ses fleurs délicates, blanches en ombelles étoilées, ‘Fairy Stars’, exhalent au printemps un doux parfum. Elles sont suivies de petits fruits rouges devenant noirs, appréciés des oiseaux.

De la famille des Caprifoliacées, rustique, cette viorne accepte tout type de sol, même s’il est calcaire ; elle buissonne à 1m de haut à l’âge adulte, tout en restant bien compacte. Parfaite pour créer des rythmes et structurer le jardin. Vous l’avez compris, il n’y a pas grand-chose à lui reprocher, l’essayer c’est l’adopter !

Notamment chez :

  • ReMarcq’Arbres, une jeune pépinière au nord de Lille qui cultive la rareté : +33 6 62 37 91 82 et qui présente ses plantes dans des contenants originaux appelés « air-pot » qui protègent efficacement la motte et ses racines.
  • Pépinière Brochet-Lanvin : www.pepiniere-brochetlanvin.com
  • Thomson & Morgan pour les graines : www.thomson-morgan.com
A. e. ‘Okame’ © Pépinière de la Roche Saint-Louis

Aspidistra, une langue de belle-mère au jardin

On se souvient tous de ces traditionnelles potées d’intérieur aux feuilles vertes, coriaces, vernissées et érigées, trônant derrière les voilages des fenêtres de nos grands-mères. Des plantes poussiéreuses, pas vraiment tendance, appelées de manière irrévérencieuse, langues de belle-mère, comme les autres Sansevieria. Certaines d’entre elles ont fait le mur en s’échappant de l’appui de fenêtre, pour aboutir au jardin, en compagnie des hostas ou des fougères.

Nous les avons repérées à la Fête des Jardins d’Aywiers, au stand de la Pépinière de la Roche Saint-Louis, venue de Loire-Atlantique. Cette pépinière de collection, spécialisée dans la production de vivaces et arbustes à feuillage remarquable a rassemblé 36 variétés rustiques, après plusieurs années de sélection, de collecte, d’introduction et d’expérimentation. La plupart sont des Aspidistra eliator, dite élevées, des asiatiques de la famille des Asparagacées, vivant dans les coins abrités du froid, du vent et du soleil direct. Dans ces conditions, elles peuvent supporter jusqu’à – 15°C. Si le feuillage disparaît parfois en-dessous de -5°C, elles repartent de la souche rhizomateuse au printemps suivant et forment de grandes touffes bien dressées et serrées de 50 cm de haut.

C’est pour la luxuriance de leur feuillage qu’on les cultive : des feuilles de 8 à 10 cm de large, lancéolées, coriaces, vert brillant, parfois éclairées de blanc. Un sol humifère, frais, drainé et surtout léger leur convient parfaitement. Notez que la sécheresse ne leur fait pas peur et sachez que, dans les pots, elles aiment être à l’étroit. Sur les plantes âgées, de curieuses fleurs cireuses crème et pourpre pourraient apparaître. La variété Aspidistra eliator ‘Okame’ illumine les massifs ombragés et les sous-bois. Cette sélection panachée de nervures blanches plus ou moins larges est aussi rare qu’incroyable. A l’automne 2019, une autre variété panachée de blanc, A. e. ‘Asahi’ présentée par la même pépinière, s’est fait elle aussi remarquer ; elle a reçu le grand prix Saint-Jean-de-Beauregard tant convoité. Une belle récompense.

© P. Roche Saint-Louis

Notamment chez :

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