Les heuchères ? Un sacré cocktail !

Si l’on susurre à votre oreille ‘Caramel’, ‘Tiramisu’, ‘Marmelade’, ‘Brownies’ ou ‘Citronnelle’, les plus gourmands parmi vous se pourlècheront les babines et les plus jardiniers répondront en cœur Heuchera !
Au stand de Thierry et Sandrine Delabroye aux Jardins d'Aywiers

Quant aux œnologues jardiniers, ils seront aux anges avec ‘Pinot Gris’ ou ‘Beaujolais’. De quoi s’agit-il exactement ? D’une jolie plante vivace, couvre-sol en coussinets étalés, qui a le vent en poupe ! Impossible aujourd’hui de feuilleter un magazine sans tomber sur une page bariolée à sa gloire ou difficile de se balader dans une fête des plantes (ci-dessus, le stand de Thierry Delabroye aux Jardins d’Aywiers) ou chez un pépiniériste sans avoir l’œil attiré par un stand multicolore. Originaire d’Amérique, de la famille des Saxifragacées, l’Heuchera est reconnue pour le festival des couleurs de son feuillage arrondi, plus ou moins lobé, ondulé ou gaufré. Généralement persistant, décoratif toute l’année, il est intéressant l’hiver quand la plupart des autres plantes vivaces ne sont plus visibles, réduites à l’état racinaire.

Les américains en sont fous. Régulièrement apparaissent chez eux un lot de nouvelles obtentions. En Europe également. C’est vrai, il faut bien admettre qu’elles ont plus d’un tour dans leur sac. Appréciant l’ombre, elles se partagent le territoire avec Hosta et fougères. Cela dit, elles acceptent le soleil à condition qu’il ne soit pas brûlant, elles se moquent de la pluie et surtout, résistent à la sécheresse estivale sans perdre leurs feuilles, ce qui de nos jours, est une grande qualité.

‘Palace Purple’ et ‘Caramel’

Voici des stars du genre. H. villosa ‘Palace Purple’, une anglaise issue des Royal Botanic Gardens de Kew, est en Europe, une des pionnières à connaitre les honneurs. On la repère chez les amateurs de la première heure, à la profondeur de la superbe couleur de son feuillage rouge pourpré à reflet bronze, rehaussé d’une floraison estivale blanc crème.

Heuchera ‘Caramel’ est un véritable monstre sacré, également issu d’Heuchera villosa et introduite par le génial pépiniériste français Thierry Delabroye, toujours en recherche de plantes au beau feuillage large et vigoureux. Elle fait un tabac dans le monde entier. Sans doute pour sa couleur originale, orange doux ou roux ambré, virant au jaune en fonction des saisons et de l’exposition, le tout rehaussé d’un revers pourpre rosé.

La folie des couleurs

Il existe une incroyable diversité de couleurs qui évoluent avec les saisons et la quantité de lumière. Du vert au pourpre, en passant par le rose, framboise, jaune, doré, bronze, argenté avec des nuances extraordinaires qui font rêver les jardiniers. Avec une petite rasade de miel, de chocolat ou de caramel, c’est encore mieux. Parfois, comme chez ‘Obsidian’ ou ‘Black Beauty’, le pourpre est si foncé, qu’il est presque noir. Quelques variétés sont élégamment marbrées, rehaussées d’un liseré ou festonnées d’une autre couleur comme chez ‘Plum Pudding’, ‘Venus’, ou ‘Pinot Gris’ et beaucoup ont le revers de la feuille qui contraste joliment. Toutefois, attention aux associations audacieuses, il est parfois délicat de marier plusieurs feuillages très présents. Le plus sage et le moins hasardeux est de les installer devant des plantes au feuillage vert foncé.

Avec les heuchères, vous l’aurez compris c’est le feuillage qui compte. Persistant, il fait son show pendant toute l’année. Cela dit, la floraison légère au-dessus des touffes de feuilles, est bien élégante pour ceux qui s’y attardent. Blanche, rose pâle, rose foncé ou rouge, dans le courant de l’été, elle n’est pas si insignifiante que ça.

Stand de la Pépinière des 2 caps à la fête des Jardins d’Aywiers

En pot et jardinières

Dans les petits jardins ou sur les terrasses, pas de souci, elles se prêtent parfaitement à la culture en pot et offrent un décor garanti pour de longs mois. L’idéal est de prévoir un contenant pas trop petit, rempli de terre humifère, dont le fond est tapissé de graviers ou billes d’argile pour le drainage. Seules ou en compagnie de graminées, bulbes printaniers, Hosta ou fougères, à condition de ne pas se marcher sur les pieds car elles ne supportent pas la concurrence des autres plantes. Il faut donc veiller à leur laisser un espace suffisant pour pouvoir se développer.

Une culture facile

Pas très exigeante, d’une hauteur de 50 à 80 cm, bien résistante aux gelées, l’heuchère apprécie l’ombre, supporte les expositions au nord si le sol n’est pas trop sec. ‘Citronelle’ par exemple y fait merveille, elle illumine les coins tristes et apporte du « peps » à la composition. Elle tolère le soleil s’il n’est pas trop cuisant mais attention au feuillage qui risque de décolorer.

A l’aise dans la plupart des sols, elle affectionne une terre riche, humifère et légère. Question entretien, rien de spécial, à part un petit nettoyage de printemps qui consiste simplement à supprimer les touffes de feuilles abîmées par le froid.

On la dit capricieuse, ne vivant pas très longtemps. Il est vrai qu’après quelques années, la souche émerge du sol, sort de terre ou se déchausse comme un œillet. En fait, elle se dégarnit de la base. Pour y remédier, plusieurs solutions. Soit l’enterrer de quelques centimètres tous les 3,4 ans pour l’obliger à repartir de plus belle, soit donner une poignée de compost au cœur de la touffe pour la nourrir, ou encore la diviser régulièrement pour la rajeunir et la replanter plus profond.

Heucherella

A noter la charmante x Heucherella, issue de croisements entre les Heuchera et les Tiarella, proches cousines. Le résultat ? Un port qui ressemble à une heuchère et une floraison gracieuse comme celle de la deuxième. Nous y reviendrons à une autre occasion.

Partager