Publié dans La Libre Essentielle des 26, 27 septembre 2025
L’heure est venue de faire preuve d’innovation et de création. Il est encore temps et pas trop tard. Nous sommes au début d’un nouveau cycle. Rappelez-vous. En 2021 et 24, les jardins étaient bien inondés alors qu’en 2022, 23 et 25, ils subissaient périodes de sécheresse et vagues de chaleur à répétition. Avec ce climat instable, naissent des évènements météorologiques extrêmes. La moyenne des températures reste en hausse. La nature est fragilisée. Les périodes de croissance, de floraison et de fructification sont bousculées ; elles sont plus précoces et leur durée raccourcie. Le jardinier est à la recherche de nouveaux repères.
Plantons

Planter est devenu un acte citoyen, une piste prometteuse. Il accélère le processus naturel en refroidissant l’atmosphère par évapotranspiration ; il contribue, à l’échelle d’un jardin, à créer des microclimats. L’arbre est emblématique, il est devenu l’allié naturel du climat : sa seule présence diminue la température ressentie de 1 à 10 degrés. Par ailleurs, il offre de l’ombre et apporte de la matière organique. Bas Smets, architecte paysagiste belge de renommée internationale, est parti en croisade pour refroidir les villes ; il déminéralise le sol et privilégie la plantation d’arbres. Sa démarche concrète est scientifique ; à l’heure où l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres, il mise sur l’intelligence des plantes, capables de créer de véritables écosystèmes. Son expo Building Biospheres, réalisée avec l’aide du neurobiologiste italien Stefano Mancuso, fondateur de la neurobiologie végétale, est visible à la Biennale d’architecture de Venise jusqu’au 23 novembre prochain.




Maintenant

Plus que jamais, c’est à l’automne qu’il faut planter. Les racines des plantes ont tout le loisir de s’installer, de se développer sans stress. Cette théorie n’est pas nouvelle mais aujourd’hui, elle est LA principale solution pour éviter les déconvenues dues aux printemps trop secs. Il y a presqu’un siècle, Karel Capek, dans son fabuleux ouvrage, L’année du jardinier, (réédité aux Editions de l’Aube), disait :
« Le jardinier vous dira qu’octobre est … le premier mois du printemps, le mois de la germination et du bourgeonnement souterrains, de l’éclosion cachée, des bourgeons qui se gonflent. Ainsi donc, entre tous les mois, octobre est le mois des plantations. »

Réinventons le jardinage

Misons sur l’intelligence des plantations plutôt que sur les litres d’eau ! Osons des gestes, inédits mais réfléchis, dès la plantation. Notamment en aérant le sol avant de planter, pour faciliter la pénétration des racines. Plus les plantes s’implantent profondément, moins elles auront besoin d’arrosage. Paillons sans hésiter avec du broyat, des copeaux, paille, gazon ou feuilles mortes qui retiennent la fraîcheur et avec du compost pour booster la reprise sur sol sec ou pauvre.

Oublions les mauvaises habitudes comme celle d’arroser l’ensemble du jardin. Divisons-le plutôt en plusieurs zones. Près de la maison, viennent celles qui sont contrôlées et éventuellement arrosées ; plus loin, celles qui se débrouillent toutes seules. Le début d’une gestion efficace de l’eau.

Diversifions, ne mettons pas tous les œufs dans le même panier. Multiplions les espèces et les variétés. Etageons et regroupons les végétaux pour éviter les coups de soleil, échaudures des branches, feuilles séchées, taches brunes sur les fruits. Au pied des végétaux, installons des couvre-sol pour éviter le piétinement et renforcer l’humidité.


Adoptons les bonnes plantes

Laissons-nous tenter par les belles couleurs d’automne, les fructifications éblouissantes, les écorces qui vont bientôt apparaître. Mais surtout, choisissons « raisonné » en privilégiant les plantes les plus tolérantes, les peu gourmandes, les résistantes aux maladies ou les increvables qui poussent partout, sous les canicules ou les pluies diluviennes. En d’autres mots, investissons dans le « tout terrain » ! Des végétaux qui s’adaptent sans souci, telles des plantes indigènes ou des pionnières robustes qui apparaissent avant toutes les autres. Les listes de plantes résilientes foisonnent dans les livres et sur le web. C’est un début pour jeter son dévolu sur la bonne plante mais rien ne remplacera jamais l’expérience et les conseils avisés des pépinières spécialisées.
Comme les increvables
Les arbres et les arbustes à enracinement profond résistent le mieux aux aléas climatiques car ils puisent l’eau en profondeur ; ceux à petites feuilles s’adaptent plus facilement. Quelques exemples : l’aulne, l’aubépine ou le pin mais aussi l’églantier, Rosa canina, les cornouillers, Cornus alba et sanguinea ou l’argousier, Hippophae rhamnoides ; les uns étant complètement indifférents à la nature du sol, les autres, presqu’invincibles dans les terres sèches ou médiocres.


Les vivaces, globalement plus vulnérables aux conditions extrêmes, se distinguent parfois par leur résilience. C’est le cas des bruyères, achillées, sedum, euphorbes, romarins, lavandes, santolines, euonymus fortunei, Perovskia, Phlomis, Rudbeckia, Ceratostigma, Echinacea… sans oublier les Gaura lindheimeri à la floraison aérienne. Beaucoup de graminées, comme les Stipa ou les fétuques, apprécient les sols pauvres ; d’autres, comme les Carex, ne redoutent pas les sols gorgés d’eau.






Oui, vous l’avez compris, les plantes sont donc capables de beaucoup de choses. A nous de les y aider !
