Les jardins de cueillette… des jardins vivants, des jardins plaisirs

Lorsqu’on descend au jardin, muni de son panier, le charme opère toujours, mais il diffère en fonction des saisons, de la température, des pluies ou des sécheresses

Nous avons tous en nous une âme de chasseur-cueilleur. Qu’il s’agisse de la collecte de végétaux à des fins alimentaires ou purement esthétiques, tous nous avons croqué une pomme, chapardé une groseille, cassé une noisette, coupé les fleurs d’un rosier ou ramassé des semences avant qu’elles ne s’envolent. En ce moment, l’abondance règne et les récoltes vont bon train malgré une petite hésitation à laisser fruits, légumes et fleurs profiter encore d’un peu du soleil.

Au potager, les racines

2024 ne ressemble pas aux dernières années. Année pourrie, pluvieuse, grise et tristoune du printemps au milieu de l’été. Le potager a souffert, le jardin et le jardinier aussi. Les herbes dites mauvaises s’en sont donné à cœur joie, tout comme les limaces et autres gastéropodes. Au-delà des haies, on cause… liseron … qui ne finit pas de s’enrouler. Et dire que l’an dernier, on tentait de résister à la sécheresse.

Cela dit, les potagistes convaincus sont fiers de leurs courgettes et potirons ne donnant pas l’air de se dégonfler et de leurs légumes-racines, carottes, navets, oignons ou pommes de terre, poussant sagement à l’abri, sous la terre. Même si pour certains, déguster des racines ne semble pas très convaincant, depuis la nuit des temps, elles font les beaux jours des potagers et des cuisines. Les navets, pauvres navets, longtemps considérés comme vulgaires et grossiers, reviennent en force tellement ils sont raffinés et délicieux. Ceux d’automne surtout, plus faciles à réussir que les printaniers. Ils tiennent bien au froid à condition d’être abrités, par exemple en-dessous d’un voile de forçage. Les formes sont variables, cylindrique, conique, piriforme ou aplatie ; les couleurs également, jaune, blanche ou rose. A épingler, la variété ‘Jaune Boule d’Or’ pour son vif éclat ou ‘Navet de Nancy’ à la boule rose violette.

Au jardin, les fleurs

Chrysanthemum ‘Dernier soleil’

Les bouquets de saison sont les plus beaux. Cosmos, dahlias, Symphyotrichum ou asters pour faire plus simple, Sedum, Rudbeckia et autres soleils d’automne s’associent à merveille avec les graminées si légères. Une mention pour les petites capucines, Tropaeolum majus, d’une simplicité déconcertante, qui amènent vie, couleur et saveur jusqu’aux premières gelées. Même si leurs tiges paraissent frêles, quoi de plus adorable qu’une brassée de capucines. Chez elles, tout est beau et tout est bon. Leurs qualités culinaires sont indiscutables. Les grandes feuilles rondes ont un goût assez proche du cresson de fontaine à la saveur poivrée. Elles se consomment dans les salades en compagnie des fleurs dont la couleur varie du jaune pâle au rouge foncé en passant par le rose et l’orange. Ressemblant à la capuche d’un moine capucin, d’où leur joli nom, elles sont croquantes et un peu plus sucrées.

Ce n’est pas tout. Les petits fruits, encore verts lorsqu’ils sont cueillis jeunes, peuvent être gardés dans du vinaigre à la manière des câpres. Un régal. La capucine tubéreuse, une espèce réservée aux initiés, plus difficile à cultiver chez nous, cache dans le sol de nombreux tubercules comestibles à la saveur douce. Une autre aventure culinaire. Pour peaufiner le portrait, il faut ajouter que, sous nos latitudes, la capucine se comporte comme une annuelle ; mais produisant des graines en abondance, elle a le bon goût de se ressemer toute seule où bon lui semble. Riche en vitamine C, on lui prête des vertus revitalisantes et des propriétés antiseptiques. Capucine un jour, capucine toujours.

Sous les arbustes, les feuilles

Récoltez les feuilles ? Assurément. Au pied des arbres, arbustes, dans les parterres, le potager ou le compost, elles sont un véritable trésor. En se décomposant, elles se transforment petit à petit en matières organiques, en éléments nutritifs, en humus ; elles enrichissent le sol et maintiennent sa souplesse propice à la croissance des végétaux. Elles nourrissent les micro-organismes et les vers de terre qui en raffolent, tout en offrant le gîte à de multiples petites bêtes comme hérissons, coccinelles et Cie. Un paillis de rêve entièrement gratuit et un recyclage futé empêchant le sol de rester nu, tout en le protégeant du vent, du gel et de la pluie. La solution la plus performante est de les déposer directement en place sur un sol préalablement nettoyé. Les feuilles les plus tendres se décomposent en 6 mois, les plus coriaces comme celles du chêne, des laurier-cerise, Photinia, lierre et houx, épaisses et dures, mettent plus de temps. Elles sont passées à la moulinette sous la lame de la tondeuse, pour les broyer et hâter le processus. Les composter en silo afin d’obtenir un terreau de feuilles mortes est une autre bonne idée. Après un an, il est un peu grossier mais après deux ans, vraiment idéal pour toutes les opérations de semis, rempotage, repiquage ou bouturage.

Au verger, les fruits

Aux jardins fruitiers de Laquenexy, le cueilleur de pommes

Au verger, les poires, pommes, prunes se bousculent. Pas seulement. Les framboises remontantes, jaunes ou rouges, les fruits noirs des ronces fruitières palissées, quelques branches de variétés tardives de rhubarbe, les raisins, figues et noix ravissent encore les papilles. Sans oublier les baies de toutes sortes, amélanchier, cornouiller ou sureau, ou les coings assez méconnus, des drôles de poires, énormes, qui ne peuvent se manger crus mais se dégustent en gelée, confitures, pâtes de fruits ou liqueur. Leur chair est si dure, qu’il est obligatoire de les cuire. Chez le cognassier, tout est doux, ses feuilles et ses fruits sont recouverts d’un duvet soyeux, voire cotonneux. Peu avant les premières gelées, le coing diffuse un parfum puissant ; c’est l’heure de le cueillir. Au jardin, ce petit arbre aux multiples qualités, extrêmement robuste et auto fertile, illumine le printemps par des myriades de petites fleurs blanc rosé. Avec lui, les récoltes sont assurées !

Les graines de l’avenir

Récupérer les graines saines et vigoureuses est un geste ancestral indispensable à la pérennité des plantes, à la protection de la biodiversité. L’occasion de ressemer l’année suivante, à moindre frais, une espèce ou variété que l’on connait. Aussi un geste citoyen. La technique est facile ; il suffit d’attendre le bon moment, avant l’arrivée des oiseaux, lorsque le fruit est bien mûr, lorsque les épis sèchent ou dès que les graines commencent à tomber. On les recueille dans des enveloppes en papier et les conserve dans un endroit frais et sec ; parfois, on les étale pour les sécher entièrement avant de les égrener. Rien de très compliqué.

Aux Salines Royales d’Arc-et-Senans

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