Article paru pour Eden Magazine n° 79, hiver 2024-25 : www.edenmagazine.be

L’Islande, au cœur de l’Atlantique nord, entre l’Europe et l’Amérique, est la plus jeune terre de notre univers, à peine 60 millions d’années. Constituée de 11% de glaciers, 40% de sable, 25% de champs de lave, 20% de pâturages, 3% de lacs et rivières et 1% de terres cultivées, là-bas, le feu des volcans couve sous les glaciers. Cette île volcanique, la plus grande du globe, est née d’éruptions, – une trentaine au cours des 2 derniers siècles-, résultant du mouvement des plaques tectoniques, la nord-américaine et l’eurasienne, s’écartant à la vitesse de 2 cm par an. On se souvient encore de la célèbre éruption qui en 2010, a cloué au sol le trafic aérien européen et des 6 dernières depuis le mois de décembre dernier dans la péninsule de Reykjanes au sud-ouest de l’île. L’Islande, c’est aussi le plus grand glacier d’Europe d’une superficie égale à celle de la Corse. Inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, il se situe dans le Parc national du Vatnajökull.


Le climat, vous vous en doutez, est rude, subarctique voire arctique ; les températures estivales dépassent rarement 15°C et le vent est violent, voire très violent. Quant à l’activité volcanique, – éruptions ou déserts de cendre -, elle ne facilite pas l’implantation des végétaux qui mettent beaucoup de temps à éclore et prospérer. Dans ce contexte particulier de paysage presque lunaire, la moindre plante qui apparait est un cadeau. Elle doit en effet s’adapter pour s’installer dans cet environnement plutôt hostile. Cela dit, la lumière permanente en été et les pluies régulières incitent une délicate flore boréale à croitre parmi les geysers, fumerolles géothermiques, cascades, langues glaciaires, plages de sable noir, déserts de basalte ou de cendre.

La mousse, trésor d’une flore obstinée


A première vue, la végétation pousse au ras des pâquerettes. Impossible pour les arbres de se développer dans ce contexte. A part les bouleaux ne dépassant pas les 10 m de haut dans les fonds de vallée protégés, les saules, tels le saule laineux, Salix lanata ou les Salix borealis et phylicifolia ou les sorbiers postés dans les endroits stratégiques, notamment au pied des églises. Certains Sorbus aucuparia compteraient même plus de 100 ans, ce qui là-bas est extrêmement rare. Pays le moins boisé d’Europe, les forêts, décimées au fil des siècles au profit d’un surpâturage de moutons, ne couvrent aujourd’hui que 0,5% du paysage. Raison pour laquelle, elles font l’objet d’une campagne de reboisement en devenant la priorité du gouvernement pour lutter contre le réchauffement climatique. Pins d’Ecosse, épicéas de Norvège, Picea abies ou de Sitka, Picea sitchensis, mélèzes, peupliers et aulnes sont dorénavant plantés.

Pour le reste, la végétation est limitée à la suite des périodes de glaciation et de l’isolement géographique. On compte environ 400 espèces végétales, principalement alpines et boréales, poussant également en Norvège ou au Groenland voisin. Essentiellement, des plantes non ligneuses comme les mousses et les lichens. Sous l’effet du réchauffement climatique, ils envahissent des zones jusqu’ici trop sèches et trop froides, s’implantent sur chaque atome de terre, recouvrent les milieux humides près des cascades ou des côtes éclaboussées par les embruns, mais aussi sur les anciennes coulées de lave ou les rochers. On dirait un tapis de velours aux subtiles couleurs vertes, jaunes, parfois fluo, avec une pointe de pourpre ou d’orange. Fragiles, leur croissance est extrêmement lente ; piétinées, il leur faut plusieurs années pour repousser.




Au printemps, les prairies se couvrent de fleurs. Gentianes, véroniques, campanules, silènes, populages, lychnis, épilobes, thym arctique ou linaigrettes, Eriophorum scheuchzeri, dont les plumets blancs cotonneux se balancent au gré du vent dans les zones humides d’altitude. L’angélique, Angelica archangelica, de la famille des Apiacées,ponctue élégamment le paysage ; elle est omniprésente le long des rivières, des cascades ou au bord des falaises. Quelques azalées alpines, myrtilliers, cytises ou camarines noires Empetrum nigrum de la famille des Ericacées, se faufilent parmi les graminées, vulpin des prés, Alopecurus pratensis, fléole, Phleum pratense ou canche alpine Deschampsia alpina. Le lupin d’Alaska ou de Nootka, Lupinus nootkatensis, n’est pas originaire de la région même si dans la réalité, on ne peut les dissocier. Introduit dès 1945 pour éviter la désertification, enrayer l’érosion des sols et améliorer leur qualité (par son pouvoir de fixer l’azote), il s’est répandu comme une trainée de poudre et s’est révélé tellement résistant et efficace qu’il a même colonisé les champs de lave et les plages de sable noir. Aujourd’hui ce tapis bleu violet très photogénique se ressème à l’envi et menace la flore indigène.




Maison jardin



La « torfbaer », littéralement maison de gazon, se fond dans le paysage. Construite dès l’arrivée des vikings pour résister au climat rude et survivre aux tremblements de terre, elle est considérée aujourd’hui comme un habitat traditionnel hautement écologique et durable. Avant tout magnifique et charmant. Le tapis de gazon isole parfaitement, régule la température à l’intérieur en le protégeant surtout du froid en hiver, assure une bonne ventilation et retient les eaux de pluie en évitant les ruissellements en cas de fortes de précipitations. Ce principal matériau de couverture, de la terre engazonnée, est facilement disponible, résistante et renouvelable. Un matériau vivant et biodégradable. Alors que la charpente de bois est recouverte de ce tapis vert, les murs sont montés avec des briques de tourbe qui isolent aussi de l’humidité tout en étant renforcés de pierre. Aujourd’hui, il reste environ 250 fermes traditionnelles soigneusement entretenues et réparées ou reconstruites tous les 20 à 30 ans. Quelques gesses, Lathyrus ou pois vivaces, aux charmantes petites fleurs douces et lumineuses dans les teintes pastel et quelques achillées, Achillea millefolium, à l’abondante floraison blanche égaient le tableau.




Akureyri Botanic garden

Au nord du nord, au fond d’un des plus longs fjords d’Islande, se situe le jardin botanique Lystigardur Akureyrar, le plus septentrional de la planète, à 85 km du cercle polaire. A Akureyri, la deuxième ville d’Islande, les étés sont presque chauds et les hivers presque doux ; la température moyenne annuelle avoisinant les 3,4°C. Ce jardin botanique de 4 ha, était à l’origine, le premier parc public d’Islande conçu en 1912 par un panel exclusivement féminin. Grâce à l’ajout de différentes collections, notamment celle de Jon Rögnvaldsson, depuis 1957, 440 espèces de plantes indigènes y sont étudiées. Plus de 200 ayant résisté aux glaciations. En tout, 7000 variétés dont une collection de Meconopsis et de Sorbus. Une zone du jardin est consacrée aux espèces qui peuvent survivre dans un climat arctique rigoureux. Notamment, différents saules : Salix arctophylla, S. reticulata, S. uva-ursi et parmi les bouleaux, Betula glandulosa qui se développe dans les zones pauvres et humides. Le but scientifique du lieu est de tester la résistance des végétaux et d’assurer l’échange de semences, l’information du public et l’éducation en général.











Pavot d’Islande
De la famille des Papavéracées, originaires des zones subarctiques du globe, le Papaver nudicaule, dit pavot d’Islande, est connu pour ses fleurs printanières aux teintes chaudes. Ses 4 pétales blancs, jaunes, rouges ou orangés à l’aspect froissé et délicat ressemblent à ceux du coquelicot auquel il est apparenté. Résistant à -25°C, il se plaît dans toutes les régions où les températures ne sont pas trop élevées. A essayer et à considérer comme bisannuel car il craint les étés secs et chauds.

