L’incroyable forêt de Bussaco et son palais de conte de fée

Une réserve naturelle unique au Portugal

Il y a des visites parfois étonnantes. Bussaco, écrit aussi Buçaco, situé entre Porto et Coimbra, est un lieu secret que les guides touristiques évoquent timidement. A part quelques mots sur un ancien couvent et un palais surréaliste cachés au beau milieu d’une forêt mystérieuse. C’est elle qui nous a attirées. Sur place, nous avons rapidement compris que nous étions dans une des plus grandes réserves de biodiversité du pays et une des plus anciennes forêts d’Europe. Comme le dit si bien José Saramago, Prix Nobel de Littérature : « La forêt de Buçaco ne peut être décrite, mieux vaut s’y perdre ».

Dans la montagne

La forêt de Bussaco est située à l’extrême nord-ouest de la Serra du même nom, une chaîne de montagnes s’élevant à 550 m. Dès le VIème siècle, des moines bénédictins s’y installent ; mais c’est au XVIème qu’elle est gérée, entretenue et replantée par l’Ordre des Carmes déchaux, né à cette époque d’une réforme de l’Ordre du Carmel. Les religieux décident d’y créer leur « désert » ; en termes monastiques, un vaste espace complètement retiré du monde. Ils y construisent un mur de 5 km de périmètre, le monastère de Santa Cruz, des chapelles et ermitages ainsi qu’un chemin de croix à l’échelle de celui de Jérusalem.

Ils entreprennent aussi des grands travaux paysagers. Grâce à un microclimat résultant des températures douces, précipitations élevées et brumes matinales presque permanentes, grâce donc à une humidité constante, la flore promet d’être riche et diversifiée. Ils se prennent au jeu, introduisent et acclimatent des espèces rares parfois exotiques comme le fameux Cupressus lusitanica, cyprès du Portugal originaire du Mexique, une des premières espèces plantées en 1656. Ainsi qu’ un Eucalyptus regnans, originaire de Tasmanie, aujourd’hui le géant du domaine avec ses 73 m de haut, des Quercus suber, chênes-lièges méditerranéens, des Araucaria bidwilli, australiens, dont un, voisin du palais, culmine à près de 30 m. Quelques frênes rouges, Fraxinus pennsylvanica de plus de 40 m et plusieurs exemplaires de Sequoia sempervirens, des américains centenaires de plus de 45 m de haut. Sans oublier, la vallée envoûtante des fougères arborescentes de Nouvelle-Zélande, Dicksonia antarctica, plantée à la fin du XIXème. Vous l’avez compris, ici, les arbres poussent et se plaisent. En sous-étages, une foule d’arbustes, des rhododendrons et une collection de 180 espèces de Camellia japonica, particulièrement à l’aise dans ces conditions favorables. Aujourd’hui, cette jungle dense de 105 ha compte environ 700 espèces d’arbres et d’arbustes, dont 300 non indigènes, une collection dendrologique exceptionnelle.  

Vallon des Dicksonia antarctica, les fougères arborescentes

Filairaie

Sur le haut de la montagne, plus précisément sur les versants sud et sud-ouest, près du belvédère d’où on aperçoit les monts environnants, une espèce rare est protégée. Le filaire arborescent à large feuille, Phillyrea latifolia d’origine méditerranéenne est un petit arbre au feuillage persistant et coriace rappelant parfois celui de l’olivier. Il ne craint pas la sécheresse, exhibe des fleurs en grappes, suivies de petits fruits noirs de la grosseur d’un pois. Bien implanté en Espagne et au Portugal, il atteint à Bussaco, 8 à 10 m de haut. Cette étendue de filaires est appelée scientifiquement, une « formation végétale climacique », en d’autres mots, un lieu où la végétation est spontanée, sans intervention humaine, comme une forêt primaire … En tous cas, une véritable relique naturelle.

Caché, un palais délirant

Au beau milieu de cette forêt historique, trône un palais spectaculaire construit après le départ des moines en 1834, – date de l’extinction des ordres religieux au Portugal -, sur les ruines de l’ancien monastère dont il ne reste que l’église. Un relais de chasse royal édifié en plus de 20 ans par un architecte italien, avant d’être transformé en 1917 en hôtel de luxe, à la suite de l’arrivée du régime républicain. Eclectique, d’une grande richesse ornementale, son style est exubérant et tarabiscoté, néo-manuélin, du nom du roi Manuel Ier ; il est inspiré du gothique flamboyant, du rococo mais aussi et surtout des découvertes de Vasco de Gama sur la route des Indes. Remis au goût du jour dès la fin du XIXe, il en jette, en impose et …en rajoute.

Des tours, galeries extérieures, escaliers, terrasses, arches, des arabesques, volutes et des fenêtres ouvragées se reflètent dans un bassin, miroir d’eau, spécialement conçu à cet effet. En contrebas du palais, sur une grande terrasse, un jardin à la française, tel un tableau, complète la mise en scène. Composé d’un grand parterre de buis destiné à être vu des étages supérieurs, les étages nobles, planté sur un fond de gravier blanc, il répond aux détails de la façade par des courbes et contrecourbes gracieuses et élégantes.

Parcours de l’eau

L’eau ne manque pas. Elle est la fierté de la petite ville voisine de Luso, aux pieds de la montagne, une station thermale réputée pour son eau riche en minéraux. Dans la forêt qui la surplombe, les sources sont nombreuses. Des lacs, bassins, cascades et fontaines animent le parcours et génèrent des émotions. Un escalier d’eau monumental, sous les frondaisons des grands arbres, en est la pièce maîtresse. En descendant de la colline, l’eau y coule au milieu et dévale de cascade en cascade dans un petit bassin. La topographie du lieu est idéale pour ce genre de réalisations construites sans aucune machinerie. Plus loin, au détour d’un chemin, envahies de mousses et de fougères, d’autres fontaines moins solennelles, plus petites mais charmantes appellent le promeneur à s’arrêter. Dans un style rocaille typiquement portugais, aux motifs de fleurs et de feuillages, elles offrent une halte paisible et rafraichissante dans cette forêt enchantée empreinte de nostalgie. Magique.

En pratique

Forêt de Bussaco, Fundaçao Mata do Bussaco, 3050-261 Luso,                                                                                                

www.fmb.pt

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